Virgil Roger - Maxence Boyer

Interview de Virgil Roger

Publié le 10 avril 2019 par Maxence Boyer

Blockhaus - Somme - Picardie

Bonjour Virgil, pour ceux qui ne te connaissent pas, peux tu te présenter brièvement ? Pour l’anecdote, Virgil est l’un des premiers photographes que j’ai connu. Nous nous sommes rencontré dans le club photo de notre école, Graines d’Images, en 2011.

C’est marrant que tu parles de Graines d’Images, je pense que c’est là que je suis devenu photographe, ça remonte !

Bref, Virgil Roger, lyonnais d’adoption originaire du Sud-Ouest, presque la trentaine, développeur web à mes heures perdues (enfin… au quotidien quoi), je suis auteur photographe et passionné d’argentique et de vieilles mécaniques. Mon arrivée à Lyon en 2008 coïncide avec mes débuts dans la photographie, inspiré par ma copine de l’époque qui m’a offert mon premier bridge numérique, depuis ça a pas mal changé !

Racontes-nous quand et comment tu as commencé la photo ?

J’ai toujours eu une forte culture de l’image, principalement bercé à la bande dessinée, aux beaux arts et au cinéma. La photo n’est venue que sur le tard, mais a très vite cristallisé tout ce que j’aimais et recherchais dans l’image en général.

Comme je le disais, j’ai commencé la photo porté par mon ex qui en faisait pas mal à l’époque et à qui je piquais allègrement l’appareil jusqu’à ce qu’elle m’en offre un. Assez rapidement j’ai rejoint Graines d’Images où j’ai pu découvrir pas mal de choses que ce soit au niveau technique ou pratique. Là je m’initie à l’argentique, récupère le boîtier de mon frère, je commence à couvrir de nombreux événements culturels sur le campus de l’INSA, découvre le studio, bref un condensé très accéléré des différentes pratiques photographiques. J’y découvre aussi une communauté de photographes qui déborde d’idées, de débats, de bricolages en tous genres et avec qui je vais apprendre pendant des années encore. Même si on est alors loin de ma pratique actuelle, c’est là où j’ai commencé à me considérer comme photographe.

Peux tu nous présenter ton/tes style(s) de photo de prédilection ?

J’ai du mal à définir mon style de photo, j’ai une pratique assez particulière. La meilleure façon que j’ai trouvée tient en une phrase que j’ai volée à un photographe dont le nom m’échappe : « J’aime photographier des sujets qui n’en sont pas ». Cette idée de transcender le banal m’accompagne dans la plupart de mes travaux. Par exemple j’aime toujours avoir un appareil sur moi, je réalise la plupart de mes images pendant ma vie de tous les jours, et je ne fais que très rarement des sorties ou séances photos dédiées. Une autre idée que j’affectionne est celle du point de vue. Être conscient de son environnement et vraiment regarder ce qui nous entoure, voir les choses. Plusieurs de mes séries exposées ont été réalisées dans ce sens. « Please Look Up » et « Collages » par exemple sont des incitations au public à regarder le monde et à l’apprécier autant que possible à travers une approche très graphique.

Je pense aussi qu’on pourrait qualifier la majeure partie de mes photos de photographie de rue, ne serait-ce que parce qu’elles y prennent place. Je n’aime pas dire que je fais de la street photography, même si j’en ai une pratique occasionnelle, mais j’aime photographier la rue que ce soit sous des approches architecturales ou portraitistes. Même en voyage j’ai tendance à photographier de la même façon que dans ma vie quotidienne.

Enfin le fil rouge entre mes différentes approches photographiques est une recherche de la géométrie et du contraste dans les images et les constructions graphiques.

Qu'utilises tu actuellement comme matériel ?

Mon dernier amour est un Voigtlander Bessa R2 avec un 35mm f/2.5 Color Skopar. C’est un boîtier télémétrique manuel mais pourvu d’une cellule, en monture Leica M. Tout comme un Leica M6, mais bien moins cher ! J’affectionne particulièrement le télémétrique et cet appareil est un aboutissement et un vrai plaisir à utiliser.

J’utilise aussi un Yashica Mat 124 et un Voigtlander Bessa 66 en moyen format.

Je travaille exclusivement en argentique.

Aurais tu une anecdote à raconter sur le développement de l’une de tes photos/pellicule ?

Je n’ai pas vraiment d’anecdote sur le développement en particulier, c’est pas la partie la plus intéressante à faire, par contre c’est toujours un immense plaisir d’initier quelqu’un au tirage argentique, ou même de partager une session labo. Il y a un aspect surnaturel au tirage qui je trouve est irremplaçable. C’est assez incroyable de voir les yeux d’une personne s’écarquiller lors de l’apparition de l’image. On est tous des gamins dans ces situations là.

J’ai récemment montré à deux personnes comment je procède pour mes collages à l’agrandisseur, et c’était des moments magiques. Que ce soit Charles (Pietri, collègue de collectif), photographe argentique expérimenté ou Ophélie (Abbott, ma compagne) qui connaît beaucoup moins ce domaine, les deux ont eu la même réaction presque effarée de voir le collage apparaître. Bref, toujours un grand moment :)

Parmi toutes tes photos, peux-tu nous présenter ta photo préférée et nous raconter son histoire?

Ah c’est dur comme question ça ! J’ai toujours du mal à choisir quelque chose de préféré, dans tous les domaines. Mais si tu veux une histoire qui va avec je vais choisir celle-ci. Elle est intéressante. Et inédite, je crois que je ne l’ai jamais montrée !

C’était en Égypte, dans une mosquée assez célèbre. On visitait et j’avais avec moi deux Olympus XA (sans doute mon appareil photo préféré). J’ai passé tout le voyage à prendre en photo ce qui attirait mon œil et là j’ai eu un des plus beaux réflexes photographiques de ma carrière je crois. C’est pas toujours évident de déclencher dans ce genre de lieu. On ne s’y sent pas à l’aise en tant que photographe, c’est très intime comme endroit, même si magnifique, et personnellement j’ai du mal à prendre les gens en photo dans leur intimité.

Mais je disais que j’ai eu un réflexe et c’est bien ce qui s’est passé, cet homme a approché le tombeau d’un saint, grand édifice en bois ouvragé, et a commencé à s’y recueillir avant de lancer ses bras au ciel contre la cloison. J’avais mon appareil à la main et j’ai cadré instinctivement et pris une photo. Elle n’est pas parfaite, mais elle symbolise pour moi tout ce voyage, et porte une forte valeur sentimentale.

C’est étonnant que je choisisse celle-ci au final, elle s’éloigne pas mal de ma pratique habituelle !

Quels conseils donnerais-tu à un photographe voulant faire ce même style de photo ?

C’est facile ! Vraiment! Le conseil principal que je donne c’est qu’il ne faut pas avoir peur de l’argentique et prendre plaisir à aborder cette pratique. La notion du temps nécessaire à faire une photo revient très vite, on oublie facilement son écran et on retrouve immédiatement plaisir à réfléchir, pré visualiser, cadrer son image. Les contraintes techniques qu’on peut imaginer ne sont des obstacles que dans des cas très précis (grand format, conditions de lumière difficiles) et la majorité du temps on peut faire de l’argentique aussi facilement que du numérique. Avec le plaisir en plus !

Un appareil adapté, un labo pour développer (en ville ou par internet), et hop !

Si tu pouvais faire découvrir le travail de trois photographes qui proposerais-tu ?

Renato Repetto  pour son cadrage au scalpel et sa démarche photographique originale et exemplaire.

David Allen  pour une créativité hors norme et ses recherches autour du medium photographique

Ryan Muirhead pour un travail exceptionnel de cohérence et de puissance

Des projets à venir ?

Plein ! J’ai cofondé un collectif de photographes argentiques (le collectif PUSH), avec David Darle et Charles Pietri et on a deux expos et un évènement en cours de préparation. J’ai aussi une série sur laquelle je réfléchis depuis un moment qui continue d’évoluer, et que j’aimerais bien accrocher en galerie un de ces jours. Ah oui, un livre aussi, un carnet de voyage en Égypte dont j’ai tiré de très belles images. Bref on n’arrête pas !

Où peut on retrouver ton travail ?

Merci Virgil d’avoir pris le temps de répondre à ces questions, je te souhaite une bonne continuation photographique.

Crédits photo : © Virgil Roger


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